Une fois maîtrisé, Arion fut conduit aux geôles du palais. Elles étaient sombres et sinistres mais régulièrement entretenu. Il faut dire que les crimes étaient rares et le plus souvent c’était pour de menus larcins que les délinquants étaient appréhendés. La population carcérale était très limitée. Les gardiens avaient été prévenus de l’arrivée de prisonniers hors du commun vu l’horreur du crime qui leur était reproché. Ils attendaient avec appréhension mais aussi avec curiosité de voir les fameux assassins. La nouvelle du meurtre du roi s’était répandue comme une traînée de poudre.
Ils furent conduits dans une cellule exiguë, avec une paillasse pouvant servir de couche. Les barreaux de la cage étaient solides et toute tentative d’évasion serait ardue. On leur annonça que leur procès aurait lieu demain sur la place public avec toute la magnanimité et l’impartialité possible dans les circonstances. Ils furent prévenue que le nouveau roi : Silfor II, fils du roi défunt, viendrait les rencontrer dans la soirée.
Une fois enfermés, les gardes regagnèrent leurs postes respectifs en prenant bien soin de faire des rondes régulières pour surveiller leurs prisonniers. Arion était inquiet, après un bref examen alentour, ses espoirs d’évasions s’amenuisaient. Ils étaient dans un niveau souterrain. Les gardes étaient expérimentés et solidement armés. Même dans l’hypothèse où ils seraient en mesure de s’extraire de cette prison, il serait très difficile de traverser l’ensemble du palais sans se faire remarquer. Il valait donc mieux attendre la visite du nouveau souverain pour faire valoir ses droits et sa sincérité.
Le nouveau roi ne se fit pas attendre longtemps. Il arriva avec dans son sillage une pair de conseillers. Il était grand et plutôt beau. Il avait des airs de son père et inspirait la même déférence. Il était jeune mais semblait préparé à exercer les fonctions qui étaient sienne désormais. Il avait toutefois un air triste et il transparaissait dans son regard une immense douleur mêlée à de la colère. Cela lui donnait un air farouche, voire sauvage. Les conseillers qui l’entouraient n’étaient manifestement pas nouveaux. Ils devaient faire parti du conseil royal de son père. Il avait choisi ses hommes pour modérer la fougue de sa jeunesse car la douleur le rendait ivre de vengeance.
Sans la sagesse et la persuasion des vieux sages qui l’entouraient, il aurait fait mettre à mort sur le champ les deux responsables qui avaient été pris sur le fait. Il ne comprenait pas leur motivation, les témoignages des gardes qui avaient assisté à leurs échanges affirmaient que tout se passait parfaitement bien. Ils avaient aussi indiqué que le roi avait accédé à leur demande. Alors pourquoi lui ôter la vie de cette manière. Est-ce l’appât du gain qui les avait transformés ? Tout cela été insensé. De plus, le retour d’une elfe, personnage étrange, compliquait l’affaire. Il avait été élevé dans la déférence de ses êtres qui avaient laissé toute leur culture et tout leur savoir entre leurs mains. C’est grâce à leur science que le royaume était devenu prospère. Pourquoi le premier de leur représentant, surgissant d’on ne sait ou après tant d’années, aurait il agit de la sorte ?
Tout dans cette histoire était incohérent, seule la folie ou la cupidité pouvaient expliquer cette acte odieux. C’est pour en avoir le cœur net qu’il avait décidé de rencontrer les meurtriers. Il avait pris un peu de repos avant cette confrontation car son esprit été embrumé par le choc qu’il avait subi. Il voulait être parfaitement concentré pour entendre les aveux de ses affreux criminels. Il voulait aussi les regarder droit dans les yeux pour leur faire sentir que la loi s’appliquerait dans toute sa rigueur. Il voulait enfin que le peuple participât à cette évènement pour montrer que le traitement des hommes était identique quel que soit leur rang.
Silfor pris donc la parole avec un calme forcé. Il s’adressa à Arion pour lui demander les motivations de son acte impardonnable. Arion lui expliqua les évènements tels qu’ils s’étaient déroulés. Il vit que le roi ne le croyait pas mais il nota un doute qui planait dans ses pensées. Il lui conta sans relâche les faits mais n’était pas en mesure d’expliquer pourquoi le jeune page qu’il accusait, fidèle depuis de nombreuses années à la couronne, aurait été amené à faire ce qu’Arion l’accusait d’avoir accompli. Le roi réfutait cette thèse. Elle était à ses yeux grotesque. Incapable de faire mieux Arion se tu mais Zelphire pris la parole. Elle parla de ses ancêtres, de leur serment, de l’amitié qui liait son peuple à celui de Silfor. Elle lui remémora toutes les leçons que lui avait inculqué son père sur les elfes, sur les évidences trompeuses, sur la nécessité de considérer l’improbable et bien d’autres choses encore.
Troublé par la jeune femme, par son immense sagesse, par son apparente sincérité et lié par le pacte de ses ancêtres, il ordonna que ses meilleurs limiers examinent tous les détails de l’affaire sans privilégier une quelconque hypothèse. Il accorda aux captifs un délai de 24 heures avant leur jugement. Il voulait, avant de prononcer une quelconque sentence, avoir tous les éléments possibles à sa disposition. Zelphire avait fait mouche. Elle avait su insinuer le doute dans l’esprit du souverain et le pousser à récolter des preuves irréfutables. Ils disposaient maintenant d’un peu plus de temps. Mais leur situation ne s’était pas améliorée. Leurs vies dépendaient de la perspicacité et de la persévérance de quelques hommes. Il fallait prier et espérer qu’ils seraient suffisamment neutres pour tenter de mener à bien leurs investigations sans céder à l’évidence qui leur crevait les yeux.
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